
Le tourisme nous conduit vers des destinations lointaines, Caraïbes, Kenya, Inde, Pérou, Thaïlande, et il nous rend aussi responsables de ses effets sur les populations qui y vivent. Partir en vacances est une nécessité pour beaucoup ; mesurer les conséquences de ses choix l'est devenu aussi.
Les impacts documentés sont de trois ordres, et ils se cumulent.
Sur les terres et les ressources : accaparement foncier au profit d'équipements touristiques, consommation d'eau considérable des complexes hôteliers et des terrains de golf dans des régions où elle manque, artificialisation des littoraux. Des populations pastorales d'Afrique de l'Est ont été déplacées au profit d'espaces de safari, et des terres agricoles ont été converties en équipements de loisirs.
Sur l'économie locale ensuite : une part importante des dépenses des voyageurs ne reste pas dans le pays visité. Elle revient aux compagnies aériennes, aux voyagistes et aux chaînes hôtelières internationales. Cette « fuite » économique est mesurée et atteint des proportions élevées dans les destinations dominées par le tout-inclus.
Sur les cultures enfin : folklorisation des pratiques, mise en scène de rituels pour le regard extérieur, et rapports déséquilibrés entre visiteurs et visités.
À quoi s'ajoute l'empreinte carbone du transport, qui représente l'essentiel de l'impact climatique d'un voyage lointain.
Le tourisme équitable permet aux voyageurs de profiter des cultures et des paysages en contribuant à l'amélioration des conditions de vie des populations locales et à la préservation de la nature.
Il repose sur deux exigences simples à énoncer et difficiles à tenir : que la population locale participe aux décisions concernant l'accueil sur son territoire, et qu'elle perçoive une part significative et vérifiable des retombées.
Il met en avant l'échange interculturel et le respect des particularités sociales et culturelles, comme réponse au tourisme de masse et comme manière de créer des liens plus durables entre visiteurs et hôtes.
Le vocabulaire est encombré, et les termes ne sont pas synonymes.
Le tourisme équitable porte sur la répartition de la valeur : qui décide, qui gagne, dans quelles proportions.
Le tourisme solidaire ajoute une dimension de soutien à des projets de développement locaux, financés par une part du prix du voyage.
L'écotourisme porte sur la nature : observation, préservation, éducation à l'environnement, avec des retombées pour les communautés riveraines des espaces protégés.
Le tourisme durable est le terme le plus large, et le plus vague : il désigne un tourisme viable sur les plans économique, social et environnemental.
Le tourisme responsable, enfin, désigne moins une offre qu'un comportement de voyageur.
Un opérateur qui se réclame de cette démarche devrait pouvoir répondre à cinq questions précises.
Quelle part du prix du voyage reste dans le pays visité, et sous quelle forme. Qui sont les partenaires locaux, et quel est leur statut, coopérative, association, entreprise locale, filiale.
Comment les guides, porteurs, chauffeurs et cuisiniers sont rémunérés et assurés, le sort des porteurs en trekking est un point de contrôle particulièrement révélateur.
Quelle est la taille des groupes, et selon quelles règles ils circulent chez les populations visitées.
Et quels engagements existent sur l'eau, les déchets et l'énergie dans les hébergements retenus.
Un opérateur sérieux répond par des chiffres et des noms. Une réponse en adjectifs est une réponse négative.
Aucun label ne compense l'empreinte du transport aérien longue distance. Un séjour équitable en Asie du Sud-Est reste, du point de vue climatique, un voyage lourd.
La cohérence consiste donc à réduire la fréquence des voyages lointains et à allonger leur durée, plutôt qu'à multiplier les courts séjours à l'autre bout du monde. C'est le levier le plus efficace, et le seul qui ne se délègue pas à un label.